Bienvenue en Mongolie (ou « Priuslie », ça marche aussi)

Nous sommes le 1er juillet et le Naadam commence le 11. Le Naadam c’est une fête nationale mongole qui célèbre aujourd’hui l’indépendance du pays vis à vis de la Chine. C’est aussi une période où tout s’arrête ici, y compris les frontières.

Le but du jeu pour nous étant de sortir de pays avant le début des festivités pour nous laisser assez de temps pour rejoindre Vladivostok d’ici le 20 juillet.

Le délai est court, le nouvel itinéraire (qui nous fait traverser le pays sur sa moitié est) nous est inconnu et les quelques comptes rendus que nous avons eu font état de pistes assez difficile, surtout par temps de pluie.

Et en ce moment il pleut ici.

Bref toutes les conditions sont réunies pour qu’on se dise « Banco ».

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Tout est dit !

Nous quittons le repère de Champion à Ulan Ude, direction plein sud. La route vers la frontière Mongole est sublime. D’un bitume parfait, on profite des paysages vallonnés et verdoyants de cette région. Il nous faudra 4 heures pour passer la frontière. Je vous passe les détails, mais bizarrement c’est le coté Russe qui nous a posé le plus de problèmes.

Premiers tours de roues juste après la douane mongole, on se fait stopper par une dame nous demandant très sérieusement de payer une « road tax ». Je lui demande de m’expliquer cette taxe tout en doutant déjà de sa sincérité. La barrière de la langue et le fait qu’on nous demande de payer une taxe après être entrés officiellement dans le pays, n’aide pas à nous mettre dans les bonnes dispositions. Nous choisissons rapidement d’ignorer simplement cette dame avant d’aller garer les motos 20 mètres plus loin devant la « guitoune » d’une compagnie d’assurance. Car oui, si la Macif nous couvre jusqu’au fin fond de la Russie, ce n’est pas le cas de la Mongolie. Comme en Asie centrale, les assurances ne servent réellement qu’à être « clean » vis à vis des forces de l’ordre et non de protéger nos biens en cas d’accident. D’ailleurs, on ne sait même pas comment contacter ladite assurance en cas de pépin. Ce qui nous importe c’est d’avoir le papier tamponné de la compagnie. Pour le reste, on évitera les accidents ..

En 10 minutes les motos sont assurées, et nous pouvons enfin prendre la route. Les paysages sont toujours aussi beaux mais on sent déjà la différence avec la Russie au niveau du revêtement.

Il est 18h, on se trouve un spot de camping sauvage en bordure de rivière, perdus entre les arbres, à 4kms de la route principale. Ici seuls les chevaux et les motos peuvent se faufiler entre les branches et profiter de cet espace vert à l’abri des regards. Seule la ligne de chemin de fer, non loin, viendra perturber ce calme absolu.

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Le lendemain matin nous nous arrêtons sur le bord de la route : deux mongols sur une motobylette© chinoise nous font signe. Leur engin est à plat et ils me font comprendre qu’ils ont besoin de regonfler le pneu avant. Nous sommes en plein soleil, Il fait chaud, j’enlève tout mon équipement pour éviter de fondre sur place et je sors mon compresseur électrique.

Je comprends rapidement que la crevaison à l’origine de la perte de pression n’a pas été réparée et qu’il est futile d’essayer de regonfler en l’état. Je leur fait comprendre que je ne peux rien faire, je n’ai pas de rustines sur moi et eux non plus. Ils me remercient tout de même d’avoir essayé et repartent tant bien que mal, la roue avant complètement à plat.

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Entre temps s’est arrêté un motard Japonnais, croisé de loin à la frontière. C’est un ingénieur Suzuki à la retraite en route pour un grand voyage au guidon de sa … Suzuki DR400. Nous décidons de faire route ensemble jusqu’à Ulan Bator.

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Même endroit mais on monte en cylindrée

Le trajet sera ponctué d’un appel de Cécile dans l’interphone : « J’ai une sensation bizarre au niveau de mon pneu arrière ». La sensation bizarre se révélera être un morceau de métal de 20 cm enfoncé dans le pneu. Heureusement,  il s’est planté de biais et nous avons évité de justesse la crevaison. Nous bataillerons pour le retirer du pneu mais repartirons finalement assez vite.

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« Sensation bizarre ». Tu m’étonnes …

Ce qui frappe le plus ici, au delà du parc automobile constitué à 80% de Toyota Prius, c’est la conduite des mongols. Bien plus dangereuse que celle des Russes. Les clignotants sont en option et les notions des priorités sont .. très différentes des nôtres. J’évite un bus à peu de choses alors qu’il décide de se réengager sur la route, sans contrôles et sans clignotants. En voiture, je n’aurais pas eu la place de passer entre l’avant du bus et les véhicules arrivants en face. Ça donne le ton.

Ce sentiment sera confirmé lorsque nous arrivons sur Ulan Bator. Le trafic est dense et donc les conducteurs sont énervés. Ça double à droite (sur des fils interdites), ça coupe la route (toujours sans cligno) et ça colle au cul. Déjà qu’on aime pas beaucoup les grandes villes, là on est au top ..

Heureusement l’hébergement choisi est en périphérie et nous ne faisons que contourner Ulan Bator.

Nous arrivons au point GPS que j’avais enregistré. Point d’auberge ici. Nous faisons le tour du pâté de maison, nous demandons aux passants si ils connaissent le « Riverside Hostel ». Personne ne connaît, je suis perplexe.

Nos cartes sim Free nous donnent droit à la data en Russie (entre autres) mais pas en Mongolie. Heureusement notre ami japonais est équipé et dispose d’un accès internet sur son portable. Après quelques minutes de recherches sur Google, je comprends le problème :

  • L’auberge s’appelle « River Point Lodge »
  • J’ai complètement fumé en préparant l’itinéraire et transformé cela en « Riverside hostel »
  • Le club de golf local s’appelle « Riverside » et est précisément à l’endroit où nous sommes

Bref, j’ai confondu un club de golf avec une auberge portant un nom différent. Encore une histoire d’hypoalcoolémie à coup sûr !

La bonne nouvelle c’est que nous savons maintenant où aller.

La révolution des crabes
La révolution des crabes – Arthur de Pins – 2004 – Clic clic pour comprendre la référence

La mauvaise c’est que nous avons 26kms de plus à faire et qu’il faut de nouveau contourner Ulan Bator. Notre ami nippon préfère se diriger vers une auberge plus proche. Nous nous disons au revoir et reprenons nos routes respectives.

Nous arrivons finalement au bon endroit :

– Une Ural disposée sur le toit d’un conteneur (sûrement comme signe distinctif)

– Un bar avec une terrasse

– Un grand terrain avec des yourtes

– Le tout rempli de motards allemands

Nous sommes accueillis par un personnel vraisemblablement briefé sur leur texte accompagné d’un sourire surfait sur un ton surjoué. « Wouah mais c’est formidable ce que vous faites ! Vous n’avez mis que deux jours pour venir de Russie ??? Ouaaahh. En plus vous ne sentez même pas mauvais des pieds !! »

Bon ok la dernière phrase c’est moi qui l’ait rajoutée, mais vous avez compris l’idée.

Je n’aime pas les faux-culs mais le lieu à l’air chouette donc je pense à autre chose. Ben tient le prix d’une yourte justement, c’est combien ?

Bon euh, je ne vous le présente plus celui là ?

~32€ par personne et par nuit, avec toilettes et douches partagées. Le braquage du siècle.

Nous chopons le nana, qui était déjà en train de se barrer après nous avoir laissé la clé, pour lui faire comprendre que cela ne va pas être possible. Nous proposons de planter notre tente sur le terrain en espérant avoir un tarif plus raisonnable.

Après quelques minutes de flottement cela nous est finalement accordé pour l’équivalent de 18 € pour 2 et par nuit. Nous retrouvons le sourire et commençons à planter la tente. Ce sera ensuite l’heure de l’apéro sur la superbe terrasse avec vue imprenable sur les montagnes de la région. Car maintenant, on a le budget pour se payer une bière 🙂

C’est aussi l’occasion de faire la connaissance avec les motards présents ici. Tous ont fait la partie ouest de la Mongolie, personne ne sait nous renseigner sur l’état des pistes à l’est. Personne sauf le mécano de l’auberge, un japonais qui vit ici depuis plusieurs années. Il est motard et a déjà emprunté ce trajet il y a quelques années et nous confirme que nous aurons de l’asphalte sur les 2 premiers jours avant d’avoir une piste dans un état variable sur le dernier tronçon. Il se veut néanmoins rassurant sur notre taux de réussite … par temps sec.

Après 2 jours à boire des bières sur la terrasse et à papoter avec les autres motards, nous reprenons la route. Ladite route est comme par hasard en plein travaux et la déviation (une trace parallèle à même la terre) n’est pas vraiment en bon état. Les camions et voitures soulèvent une poussière épaisse et le relief plus qu’aléatoire abaisse notre vitesse  autour des 50km/h. La future 4 voies en préparation s’annonce bien plus rapide. Si vous avez un jour l’opportunité de l’emprunter, j’espère que vous penserez bien à nous.

Heureusement cette déviation ne nous accompagnera pas plus d’une heure et nous retrouvons un bitume de bonne qualité pour le reste de la journée. Cela permet de lâcher un peu l’attention de la route et de se concentrer sur la conduite des Mongols…

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Genghis Boo
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Storm is coming

Après quelques heures passées à se prendre la flotte sur la tronche et à faire des arrêts photos (tout de même), nous passons la nuit dans un hôtel avec un rapport qualité/prestations/prix étonnement bon. Le temps de se requinquer et de prendre une douche et 2 petits dejs (ouais en fait on avait mal compris, c’était bien inclus avec la chambre et comme on aime pas gâcher…) et nous reprenons la route, toujours plein Est. Aujourd’hui nous ferons étape à Choilbalsan, dernière ville du trajet desservie par la route. La journée sera elle aussi ponctuée de nombreux arrêts photos le long de l’unique route de la région.

Choibalsan nous accueille dans une ambiance post-apocalyptique : la place centrale est déserte et une petite musique d’ascenseur est diffusée par les enceintes municipales. Les immenses barres d’immeubles semblent occupées à 50% et seuls quelques passants semblants raser les murs créerons un effet de mouvement dans ce décor.

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Croa croa croa

L’hôtel de ce soir n’a pas le même « standing » que celui d’hier mais cela ne nous empêchera pas de dormir. Demain nous attaquons les 230kms de pistes pour rejoindre la Russie. On espère juste qu’il ne pleuve pas entre temps ..

Le soleil vient nous titiller les paupières à travers les rideaux. On se lève, premier réflexe : regarder si la chaussée est sèche. Hourra il ne semble pas avoir plus cette nuit, la piste devrait être sèche.

On enquille le ptit dèj, on charge les motos et roulez jeunesse.

Après 5 kms nous sortons enfin de la ville et la piste vient à nous. Elle est belle, large et la terre bien sèche, bref, tout ce qu’on aime. Nous roulons à bonne vitesse et ne croiserons que 2 ou 3 voitures dans la journée. Seuls quelques banc de sable bien traîtres viendrons tacher mon caleçon. Quelques « oh put*in » ont été lâchés dans mon casque mais aucune Versys ne sera maltraitée aujourd’hui. Ouf.

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Passages sableux et un peu de tôle ondulée aussi …

Au détour d’une colline nous apercevons deux hommes en train d’arrimer un camion sur un autre camion (plus gros). Je les salue de loin et eux me font signe de rappliquer. Ils ont besoin d’un coup de main; ça tombe bien j’en ai 2 (ouais bon..). Ma mission est d’aider le premier à tendre les sangles pendant que le second saute sur le (petit) camion pour comprimer ses suspensions. On essaie même pas d’utiliser les mots pour se faire comprendre, on sait très bien que ce serait vain. En quelques gestes je comprends le but de la manœuvre et on se met au travail. 3 minutes plus tard le chargement est correctement sécurisé. Nos deux amis s’approchent instantanément des motos et cherchent à comprendre ce que nous faisons là. Là encore, la carte de notre trajet collée sur les moto est d’une aide précieuse. Elle provoque généralement les même sons chez les gens : « Hummm, Ahh, OOooooohhhhHHH !!! » Ensuite ils retrouvent instantanément leur langue natale et prononcent des phrases qui, j’imagine, veulent dire un truc du genre : « vous êtes tarés ». Après quelques photos souvenir nous disons au-revoir à nos amis et reprenons notre piste.

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Truck-ception

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En fin de journée le ciel menaçant finira finalement par nous tremper. Nous avons tout juste le temps de planter la tente avant que le vrai déluge ne commence. Ce soir nous mangerons à l’intérieur de notre maison de toile, avant dans nous endormir au milieu d’un paysage brumeux et bien humide. Comme nous n’apprenons pas de nos erreurs, nous serons réveillés en sursaut à 4h14 par un étrange bruit de choc accompagné d’un mouvement de tente. Et oui, il pleut toujours et ma bécane vient de se casser la tronche sur la toile. La béquille s’est enfoncée dans le sol détrempé.

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« De près le sol, je vois. »

Heureusement pas de dégât, un des arceau de la tente est légèrement déformé mais rien de grave. Nous chaussons nos bottes, bravons la pluie et la fatigue pour redresser Newt et la poser un peu plus loin. Nous décalerons aussi Ulysse histoire de ne pas refaire la même dans 10 minutes. Retour au dodo.

Nous finirons par nous lever et remballer le camp toujours sous la pluie. Je ressent d’ici le stress de Cécile qui s’imagine la piste sûrement boueuse que nous allons prendre. Mais elle est forte, elle n’en parlera qu’une fois.

Les motos sont chargées et démarrées, nous naviguons au cap jusqu’à rejoindre la piste qui s’avère être dans un état praticable. Les zones sableuses sont plus compactes et la terre pas trop glissante. Bref on roule et Cécile décompresse.

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Praticable je vous dis !

Nous sommes le 7 juillet et nous avons 3 jours d’avance sur notre deadline. Nous arrivons à la frontière à 13h50, juste avant la fermeture de la mi-journée normalement prévue à 14h. On gare les motos devant une porte grillagée et hormis quelques ouvriers à l’œuvre, il n’y a personne en vue dans ce poste frontière situé au milieu de nul part. On attend. 14h, les ouvriers arrêtent de bosser et nous sautent dessus avec leurs appareils photos. On est bien rodé à l’exercice et après d’innombrables poses et essayage de motos, ils repartent travailler aussi vite qu’ils sont venus. L’un d’eux nous signale quand même que quelqu’un va venir s’occuper de nous et qu’il faut juste attendre. Bien.

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14h15 une douanière vient nous ouvrir la grille, nous pouvons entrer et garer les motos juste à côté des ouvriers. Nous sommes ensuite emmené dans l’unique bâtiment pour faire toute la paperasse. Toutes les formalités seront accomplies en 10 minutes avec un personnel très avenant et souriant. Nous passons côté Russe.

Là les choses se corses. On commence à connaître par cœur le formulaire d’import temporaire de la moto. Mais ce qui prend du temps c’est le traitement, dudit formulaire dûment complété, par le douanier. Alors on attend. Longtemps. Très longtemps.

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Ça vous agace hein ?

Après une bonne heure pour intégrer nos deux formulaires (heureusement que nous les seuls clients ici), c’est le moment habituel de la fouille des motos. Généralement cela se traduit par la vérification d’une sacoche voir des deux et du top case. D’après notre expérience, en 1 minute 60 c’est torché.

Sauf que là nous avons affaire à une douanière zélée. Elle se ferait bien deux français au déjeuner alors elle veut tout voir : sacoches avant et arrières (les 4), le top case, la sacoche de réservoir, le chargement sous la selle.. bref tout ou presque y passe. Au total,  il faudra encore 1 heure pour faire passer les 2 motos. (il y a quand même plein d’endroits qui sont zappés par les contrôles, si un dealer de Nutella souhaite des infos pour planquer sa cam’ sur une moto, qu’il me contacte. On devrait pouvoir s’arranger).

Le coup de tampon final est donné, ouf ! Nous sommes de nouveau en Russie, la piste est droit devant nous, elle est censée s’améliorer rapidement et donner place à un asphalte correcte d’ici quelques kilomètres. Nous allons voir cela.

Contact, start, 1ère, let’s roll !

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