Russie 2 – Elle revient et elle est encore plus belle

Aaah la Russie ! Quelle joie de la retrouver : les routes sont belles, on peut enfin passer la 6 et atteindre des vitesses à 3 chiffres, mais chuuut, ici c’est 90 km/h max… enfin en théorie. Oui parce que dans la pratique c’est plutôt 110-120. En fait 90, c’est quand les copains d’en fasse te font des appels de phares. Là, tu ralentis la cadence et tu passes devant le radar en sifflotant, l’air de rien, pour remettre la poignée dans le coin 20 mètres plus loin.

D’ailleurs, je souhaite bien du courage à qui veut respecter les limitations à la lettre. Les panneaux se contredisent en permanence et il n’est pas rare de voir en fin de zone 70 km/h un panneau « fin de limitation 50 km/h ». Ah !? La meilleure méthode pour s’éviter des ennuis est bien de faire comme les autres : pas plus vite et pas plus lent. S’ils freinent c’est soit à cause d’un radar, soit à cause d’un piéton. Dans les deux cas, vaut mieux freiner aussi …

Mais si on aime la Russie ce n’est pas que pour son asphalte et son presque-code de la route, c’est aussi et surtout pour les russes. Aujourd’hui, on a rendez-vous à Barnaul avec Vika, motarde Russe rencontrée lors du passage de la frontière Ouzbèke (si si, souvenez-vous). Comme elle est du coin, elle connaît du monde et même des gens qui veulent bien héberger 2 motards Français qui sentent la poussière et la sueur. Ça tombe bien on rempli tous les critères.

Nous voilà donc en compagnie de Vika et Serguey pour une petite visite de la ville à moto avec l’ultime destination : le bike bar. Avec un nom comme ça, ça ne peut qu’être un endroit fréquentable. D’emblée le ton est donné : à l’extérieur une moto géante qui sort du mur, une autre avec fût de bière en guise de réservoir, je sens qu’on va se plaire ici. La déco intérieure est tout aussi travaillée, il doit y avoir une bonne dizaine de bécanes, ou morceaux de bécanes, utilisées comme tabourets, portes-manteaux ou tireuse à bière. Le proprio est aussi décoré que les murs et il est sympathique comme tout. Bref, le lieu parfait pour déguster une bonne bière pression. Le truc c’est qu’on doit repartir en bécane et qu’en Russie c’est tolérance « 0 » au guidon/volant. On jouera donc les gros durs à grandes gorgées de thé vert accompagné de cheesecakes. De vrais rebels je vous dis. L’addition sera réglée par Vika, parce que … euh … ben je sais pas en fait. Merci Vika !

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Tremblez les Hells Angels, la relève arrive !

Nous voici donc reparti mais cette fois la destination nous est inconnue. L’anglais approximatif de Vika ne permet pas de comprendre quel plan nous est réservé pour ce soir. On suit et puis on verra bien. « Yolo » comme disent les geeks.

Nous retrouvons une autre voiture en chemin, visiblement elle nous attendait. Nous la suivrons pendant une dizaine de kilomètres avant de se garer devant une maison dans un quartier résidentiel de cette banlieue de Barnaul.

Nous faisons donc la connaissance de Dimitri, le père de famille et ancien militaire, Irina, sa femme, prof de physique, Nastia, leur fille et Ola, la petite-fille. Nastia est prof d’anglais, autant vous dire qu’elle sera longuement mise à contribution durant les jours à venir. La chambre du bas nous est libérée, on pose nos affaires, on se change : place à l’apéro et au barbecue.

Pendant que ça chauffe, et comme j’ai eu le « malheur » de dire que j’avais des travaux à faire sur la moto, Dimitri et Nastia veulent savoir exactement de quoi il en retourne pour me trouver le bon « Master » (ici les mécanos et les coiffeurs s’appellent Master, allez comprendre…) pour effectuer les réparations. En réalité, je cherche juste une nouvelle bulle et un compresseur pour nettoyer nos filtres à air. Après quelques coups de fils aux conversations incompréhensibles pour moi, Dimitri et Nastia me font comprendre qu’ils ont une solution pour ma bulle. Laquelle ? ça je ne sais pas. Maintenant c’est l’heure de manger. Et boire. Dimitri sort un bocal d’alcool maison. On le « dégustera » à grands coups de shots cul-secs, à la russe. Voilà que je commence à parler russe. J’aime cette méthode d’apprentissage.

La soirée se passe bien et je décide de m’éclipser après le repas pour éviter un nouveau traquenard-bocal. Je laisse Cécile en compagnie et Dimitri et Vika. Vu leurs tronches respectives le lendemain matin, je pense que ça a été la fête du bocal. Après le petit dèj’ de 11h, Dimitri nous dépose en ville : place à la visite guidée par Nastia et Vika. C’est ça l’accueil motard russe !

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De droite à gauche : Vika, Nastia et vos serviteurs

Le soir, nous retournerons dans notre maison de banlieue. Dimitri a profité de notre escapade en ville pour acheter un pistolet à air chaud et une plaque de plexi; en fait ma bulle, c’est lui qui va la faire. Nous découperons le plexi à la disqueuse jusqu’à 22h. C’est ça le voisinage russe !

Après ponçage et avoir formé le bulle au pistolet à air chaud (et avec l’aide d’une palette en bois ..) nous pouvons enfin la présenter sur la moto. Une seule retouche sera nécessaire pour laisser la place aux pare-mains de passer lors des braquages à gauche et à droite du guidon. Le résultat est vraiment surprenant compte tenu des outils employés et, finalement, du peu de temps passé sur ce projet. Dimitri vient de me faire économiser 80€ (et encore, sous réserve qu’on trouve ça en stock dans le coin !) et en plus j’ai une œuvre unique faite main ! On fêtera cette réussite comme il se doit : à grand coup de patates distillées dans le gosier.

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A gauche : Dimitri, les autres vous connaissez déjà 🙂

Nous prenons la route au petit matin du deuxième jour. Nous disons au revoir à toute la famille, les remercions chaleureusement pour l’accueil, la traduction, la visite de la ville et ma bulle et prenons la route. Aujourd’hui, nous avons rendez-vous chez Altaï Moto dans la région de… l’Altaï à 290 kms de là. La route se passe bien et sera ponctuée d’un arrêt casse-croûte dans un café sans intérêt et à l’accueil discutable. L’arrivée à Altaï Moto est bien plus agréable et tranche nettement avec ce que nous avons vécu le midi. C’est une grande maison qui sert de d’auberge aux motards de passage ou aux clients de l’école d’enduro. Car oui Altaï Moto c’est aussi la possibilité de réserver un tour dans les montagnes environnantes avec des bécanes du club.

Anton gère le baraque quand Vladimir, le patron, est en vadrouille. Il nous accueil avec une extrême gentillesse : il nous montre la chambre, nous propose un thé/café et à manger. Il m’ouvre également le garage où sont rangées toutes les motos d’enduros : si j’ai besoin d’outils / air comprimé, je n’ai qu’à me servir. Idem pour le karsher et savon liquide si nous voulons laver les motos. Ils ont l’habitude de recevoir des motards et ça ce voit. Du coup, on se sent bien instantanément. En plus, le cadre est sublime.

Je profite de l’atelier pour faire une petite révision des motos : nettoyage des filtres à air (que j’ai oublié de faire à Barnaul) et vérification des kits chaînes. Bilan : le filtre à air de Cécile est rempli de poussière et nos deux pignons de sorti de boite sont bientôt mort. La vérification n’était pas de trop. Si le nettoyage des filtre est aisé, je m’interroge quand même sur la durée de vie restante des pignons. Dans le doute, j’en monte un de secours stocké dans mes réserves sur celle de Cécile et garde le sien en secours pour ma bécane. Il me faut juste faire 2000 km pour rejoindre Irkutsk, ville où je devrais en trouver un neuf.

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En cours de nettoyage ..
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En bas, le pignon démonté d’Ulysse, en haut celui de secours embarqué dans nos bagages

On profite également de l’emplacement de l’auberge, à Manzherok, aux portes de l’altaï pour se reposer un peu. Nous restons deux nuits ici, le temps de se ressourcer, préparer les bécanes et planifier notre trajet précisément dans ce coin de Russie à la fois touristique (sur la route principale) et sauvage (dans l’arrière pays). Si la route principale fait parti des 5 plus belles routes du monde (d’après les russes), c’est bien le coté sauvage que nous recherchons.

Mais pour cela nous avons besoin des lumières de Vladimir, il connait parfaitement la région et a tous les contacts nécessaires. Ça tombe bien il rentre le soir de notre deuxième jour sur place. L’occasion de faire également connaissance d’Olga sa compagne. A peine les présentations effectuées, Vladimir se penche sur notre parcours : « il faut aller là, et là, ah et puis là c’est super beau .. » les infos s’enchaînent et nous avons du mal à le faire ralentir pour avoir le temps de tout repérer sur la carte.  En 30 minutes, notre programme pour les trois prochains jours est bouclé et le transport privé des motos sur le lac de la région booké avec le capitaine d’un bateau par téléphone.

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De droite à gauche : Cécile, Karri (motard Finlandais de passage), Anton, Vladimir et moi-même

Nous partons donc le lendemain matin, direction le sud et la Mongolie via la route principale. Les paysages valent effectivement le détour et notre journée sera ponctuée de nombreux arrêts photos.

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Arrivé au dernier arrêt de la journée, au lac geyser, je constate une zone humide sur la bas de mon bloc moteur. Après m’être mis à 4 pattes et recherché l’origine de la fuite, je conclu à une fuite du couvercle de pompe à eau. Pour m’en assurer, je vérifie le niveau d’eau dans la vase d’expansion pour m’apercevoir qu’il est presque vide.  Contrarié par cette nouvelle, nous partons tout de même explorer ce magnifique lac à pieds. Ça me donne le temps de réfléchir aux réparations possibles.

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Une hydre à 3,5 têtes ..

Retour aux bécanes, mon plan d’action est le suivant : faire le plein du vase avec de l’eau minérale filtrée, se rendre à notre lieu d’hébergement (8 kms), purger le circuit d’eau, démonter mon couvercle de pompe à eau et le remonter à la pâte à joint.

8 kms plus loin je me mets au travail. Il est 20h30 mais en cette saison il fait encore jour. J’ai de la chance, d’autant que malgré le ciel menaçant, il ne pleut pas.

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La pâte à joint c’est peut être de la merde pour certains, mais pour moi c’est indispensable !

Il me faut une heure pour finaliser mon plan. Je pars faire un tour avec la moto pour la faire chauffer et vérifier la réparation. La déception devait être visible sur mon visage quand, en passant le doigt sous la pompe, je constate que la fuite est toujours présente. En regardant de plus près et aidé du manuel d’atelier, je comprends qu’en réalité mon problème est plus embêtant que ce que je croyais : c’est un joint interne à la pompe qui fuit. Il faut démonter la pompe entièrement. Il est 22h passé, j’ai faim et je suis en hypo-alcoolémie sévère .. Il fera jour demain et la nuit porte conseil. Place à la bière, au diner concocté par Cécile et au dodo.

Le lendemain matin nous repartons en arrière, direction Altaï Moto, où Vladimir a déjà contacté un mécano du coin pour m’aider. La route est aussi belle dans ce sens et l’orage n’aura guère altéré notre satisfaction.

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Nouvel album des Tranxen 200

Arrivé à destination, Vladimir m’indique l’adresse de Mikhaïl à 16 kms de là. Je repars de suite. Après quelques minutes de recherche je fini par trouver sa maison, planquée au fin fond d’une zone pavillonnaire. Son garage est ouvert, manifestement il m’attend.

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Le garage de Mikhaïl, son fils et Newt

On rentre la moto et on commence à purger le circuit d’eau et à démonter la pompe. Manifestement il a une certaine expérience en mécanique et n’aura nullement besoin de réfléchir pour savoir par où commencer. La pompe est démontée et posée sur son établi en moins de 10 minutes. Il inspecte les entrailles de l’organe, démonte les roulements à billes pour accéder aux joints. Pour lui la cause de la fuite est toute trouvée: un joint de queue d’arbre d’entraînement s’est distendu. Il en refait un autre à partir de son bric à brac. La pompe est remontée aussi rapidement qu’elle a été démontée. Il me refait même un joint de couvercle de pompe tout neuf, découpé dans une sorte de papier spécial parce que la pâte à joint « c’est de la merde » (ce ne sont pas ses mots, mais c’est ce que ça voulait dire).

Nous remplissons le circuit d’eau, et démarrons la moto pour vérifier d’éventuelles fuites. Le moteur chauffe et la pompe reste sèche, hourra !

Je termine de réassembler les carénages et ranges tous mes outils. Nous prenons quelques minutes pour discuter un peu. Dans son atelier sont affichés fièrement de nombreux trophés dont les titres sont incompréhensibles pour moi. Il m’explique qu’il est champion local de kart sur glace. Karts qu’il fabrique lui même à partir de moteurs de motos. Cadres et parties cycle sont en revanche 100% home made. Même les pneus cloutés sont faits maison. Au dessus de l’établi est accroché un pneu manifestement neuf mais dégonflé, il sourit en me le pointant du doigt : « première tentative d’ajout de clous ». Y’a pas de secrets, la réussite passe par l’échec.

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Mikhaïl et son fils (dont j’ai oublié le prénom :/ )

Je finis donc par repartir, direction Altaï moto avec la conviction que ma pompe est réparée. A l’arrivée, toujours pas de fuite, ce soir je m’endors apaisé, finalement cela ne nous aura retardé que de deux jours. Demain nous reprenons la même route en direction de l’Altaï.

Les décors n’ont pas changés mais lors d’un stop déjeuner dans un café très sympathique, je remarque que ma fuite est revenue. Le propriétaire des lieu est très sympathique et me laisse bricoler sur le parking. Il me propose même de faire dans la place dans un débarras pour que je puisse travailler à l’abri de la pluie menaçante. Je décline en le remerciant: inutile de le déranger, le diagnostique sera rapide. Car ma crainte n’est pas vraiment la perte d’eau, la fuite est relativement mineure, mais plutôt que l’eau passe dans l’huile moteur. Cela sera fortement préjudiciable à l’intégrité mécanique du bloc. Pour m’en assurer je compte sur une technique apprise à mes dépends lors du noyage de mon moteur au Tadjikistan : s’il y’a de l’eau dans l’huile, comme elle est plus dense que cette dernière, elle s’écoule en premier lors d’une vidange. En clair le plan est simple : dévisser la visse de vidange, regarder ce qui sort du moteur et la revisser immédiatement.

Entre temps, nous voyons passer sur la route, non loin, notre ami Wim, un néerlandais voyageant en KLE 500 croisé chez Altaï Moto, accompagné d’un motard non identifié. On leur fait signe, ils nous voient, font demi-tour et nous rejoignent sur le parking du café. Nous faisons la connaissance de Kenneth, un Austalien marié à une chinoise et vivant partiellement (pour le boulot) en Russie.

Ils me voient allongé sous ma moto et me demandent ce qu’il se passe, je leur explique mon problème. Nous sommes tous d’accords sur le fait que mon simple test me permettra d’être fixé. En quelque secondes, je suis effectivement rassuré: il n’y a que de l’huile dans le moteur. Cela signifie que tant que je surveille et complète mon circuit d’eau régulièrement, le moteur ne subit aucun dégât. C’est plutôt rassurant et ça me permet au minimum de me déplacer jusqu’à un endroit ou faire changer ce joint (par un neuf de chez Kawa). La question maintenant c’est où trouver ce joint ?

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De gauche à droite : Kenneth, Wim et un mec qui n’a pas l’air trop saoulé par sa pompe à eau

Je décide de ne pas tenter le diable et d’annuler notre petite virée dans les confins de l’Altaï Russe. Si la fuite venait à empirer j’aime autant être sur, ou proche de grands axes. Nous disons au revoir à Wim qui va continuer sa route jusqu’en Mongolie et à Kenneth que nous allons peut-être revoir plus tard en fonction de nos choix de parcours. Retour à Altaï moto. Décidément ma moto ne veut pas que nous quittions cet endroit ..

Vladimir passe plusieurs heures au téléphone pour trouver un magasin en Russie qui aurait mon joint en stock. Il finit par trouver sur Moscou. Il faut maintenant savoir où le faire livrer : ici, quitte à perdre une précieuse semaine sur notre planning ? Ou plus loin en Sibérie en prenant le risque de rouler comme ça pendant plusieurs milliers de kilomètres ?

Après quelques heures de réflexion nous décidons de tenter notre chance jusqu’à Irkutsk, au niveau du lac Baïkal à quelques 2000 kilomètres de là. Si jamais je devais tomber en panne, j’aurais au moins pour moi le fait d’être sur la Transibérienne et non perdu au fin fond de l’Altaï.

Vladimir arrange donc toute la logistique, je lui paie la pièce et n’aurai qu’à payer les frais de transport à la réception. Merci à lui car cela aurait été une autre histoire sans son aide …

Le lendemain matin nous partons donc, cette fois pour de bon, vers le nord-est en direction de Novokouznetsk en espérant que ma pompe tienne …

 

 

2 réponses sur “Russie 2 – Elle revient et elle est encore plus belle”

  1. Tiens, c’est bizarre… on ne voit pas les trous filetés des vis de fixation du pignon de rechange sur la photo… peut-être obstrués par de la poussière ? et il a une dent de moins.
    🙂
    Où êtes-vous les copains ?… et cette pompe à eau, elle est réparée ?

    1. Et oui la pompe à eau tient ! Non seulement je n’y ait pas (re)touché, mais en plus je n’ai pas remis une goutte d’eau dans le circuit depuis quelques milliers de kilomètres. 👍
      Et bien vu pour le pignon, je suis repassé en démultiplication d’origine avec 14 dents (ils n’avaient que celui là en stock). Il est fixé par un seul écrou sur l’axe central, pas besoin des trous excentrés 🙂

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