Tadjikistan : enfin du relief !

Même si Samarcande profite d’une altitude plus élevée que Khiva et Boukhara, il nous tardait de voir de la montagne, la vraie, avec la neige et tout. L’idée de quitter les 35-40°C ambiants était tout aussi réjouissante. Quant aux paysages … je n’ai jamais aimé les décors trop plats; le désert, la mer .. ce n’est pas mon truc, trop monotone. Alors ici, aux portes du Pamir je sens que ça va être la fête ..

Le passage frontière de l’Ouzbékistan au Tadjikistan se passe sans problème, l’agent remplira même pour moi la fiche d’information (non traduite en anglais). Faut dire aussi que cette fois, je me suis abstenu de prendre des photos dans le poste frontière ..

Premiers tours de roues au Tadjikistan, comme à l’accoutumée on adopte un rythme « cool » et on suit les panneaux et indications routières (quand il y’en a) à la lettre. Il s’agit de prendre la température sur les us et coutumes locales en terme de conduite mais aussi des éventuelles tolérances admises par les forces de l’ordre.

Et effectivement, le 40 km/h max en ville ne doit s’appliquer qu’aux voitures roses, les jours impaires, par pleine lune et entre 15h01 et 15h09, car ici tout le monde roule à 60. Inutile de vous dire qu’on adoptera rapidement la conduite locale.

Si finalement la conduite change peu, la gentillesse et l’accueil des locaux est identique à l’Ouzbékistan. On passe plus de temps avec la main gauche en l’air à répondre aux différents signes, coups de klaxon et autres « Hello ! » criés par les enfant sur notre passage qu’avec les deux mains sur le guidon.

Au delà de la crampe au bras gauche, la seule difficulté pour rejoindre Doushanbé sera le tunnel d’Anzob : 5 kms, sans éclairage et sans ventilation. Comme il s’agit d’une route importante le trafic de camion y est intense, cela rend l’expérience encore plus … intéressante. La pollution et la poussière en suspension empêchent les phares et anti-brouillards d’être réellement efficaces, la lumière se réfléchissant sur les particules ambiantes. Pour tout vous dire, on y voit pas grand chose. Heureusement le revêtement a été refait assez récemment, fini la route submergée et les fers à béton qui effleurent la surface, ici place à un revêtement sec et dur. On se permet donc une affolante vitesse de croisière de 30 km/h.

La récompense est à la hauteur de l’épreuve :

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« C’est que moi, quand je suis contente, je fais l’avion »
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Pas de doutes, fini le désert Kazakho-Ouzbek

Arrivés à Douchanbé, nous nous installons à l’auberge Green Hostel, apparemment le meilleur endroit pour rencontrer des voyageurs en provenance ou en partance pour le pamir.

La réputation de l’endroit n’est pas surfaite, car au cours de nos 3 nuits sur place nous rencontrons :

  • Un couple d’allemands voyageant dans un ancien camion de pompier reconverti en camper
  • Deux français voyageants à pieds
  • Deux suisses et un irlandais voyageants à vélo
  • Et 3 motards russes, Sergey, Ivan & Alex, adorables au possible
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Une belle photo pour une belle brochette de motards

Autour de quelques bières pour les européens et de thé pour les russes (et oui, au bûcher les idées reçues), nous comparons le voyage à vélo au voyage à moto. En fait, nous avons à peu de choses près les mêmes contraintes :

  • Quelle meilleure selle choisir pour éviter d’avoir mal au cul au bout de 2 heures ?
  • Quels pneus choisir pour un tel kilométrage ? Où s’en procurer durant le périple ?
  • Qu’est-ce qui à nous a poussé à vouloir rouler en plein désert Ouzbek sous 40°c ?

Bon ok, c’est vrai qu’on souffre vachement moins du dénivelé qu’eux. Consommer 0,5L/100 de plus que d’habitude n’est que peu de chose comparé aux 3 heures de trajet supplémentaires et de la dépression à mi_parcours. Mais la contrainte mécanique (casse, entretien) est bien plus présente de notre côté, on va dire que ça équilibre un peu.

D’ailleurs, le lendemain on profite du garage moto d’Aziz, bien connu des voyageurs passants à Douchanbé, pour faire une rapide révision des motos :

  • Vidange préventive (ici on trouve de la bonne huile et on ne sait pas quand nous en retrouverons)
  • Vérification du voilage de la jante avant de Newt : en fait la jante n’a rien, c’est le pneu qui a mal été monté .. et je ne parle pas que du sens de rotation mais également du centrage du pneu sur la jante. On en profite pour le démonter, le remettre dans le bon sens en faisant attention à ce que les flancs se centrent bien sur la jante.
    • Je vous ai déjà parlé d’Horizon Moto 95 à St Ouen L’Aumone ? Non ? Si le feeling est bon avec le concessionnaire Kawa sur place, il n’en est pas de même de l’atelier qui est à éviter. Si le montage des pneus avait été fait correctement, tout ce travail aurait pu être évité.
  • Remplacement d’un écrou de serrage d’un crashbar avant d’Ulysse
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Merci Aziz pour tes lumières !

Après 3 nuits sur place, les pilotes et les motos sont prêts à affronter le Pamir. Première étape, Kalaïkhum, porte d’entrée de la route du Pamir, situé à 281 kms de là. Deux itinéraires s’offrent à nous : la nouvelle route au sud, plus longue mais en bon état, ou attaquer de suite la M41 (Pamir Highway) sur ce tronçon 100% piste et non entretenu depuis l’ère Soviétique. Bien sûr tous les motards croisés (Ivan, Aziz, Alex, etc.) nous ont fortement conseillés de prendre la route du sud.

Nous partons donc au nord.

Les 80 premiers kilomètres se passent bien, nous arrivons à un checkpoint de police : arrêt obligatoire et contrôle des passeports. Les policiers sont bienveillants et souvent souriants, ça change de la France. Ils notent sur leurs cahiers d’écoliers quelques informations nous concernant : numéro de passeport, immat’ des motos, direction etc.. au moins eux ils n’ont pas de problème d’informatique.

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Une fois les devoirs accomplis, l’agent nous donne un sac avec 3 grandes miches de pain. Interloqués, nous prenons bien 4 secondes avant d’agripper le sac tout en lui demandant ce qui justifie ce cadeau. Nous ne comprenons pas la réponse et décidons de simplement dire merci avant de remonter sur les motos. Ce qu’il ne sait probablement pas, c’est que son pain, on l’a bénit !

Car si on avait prévu les 280 kms de l’étape en une journée, il nous en faudra en réalité trois. Première erreur.

La piste est effectivement en mauvaise état, bien plus que ce que nous attendions. Nous décidons de ne pas se fatiguer et adoptons un rythme calme quitte à camper à mi-chemin. Après tout, si nous avons une tente c’est aussi pour ces cas de figure. 17h00 c’est l’heure de faire le point sur le spot de camping justement. Cet horaire est une règle apprise dans le génialissime livre de Kim Hoang : Magadan. Le principe est simple : à 17h00, il faut avoir une idée précise du lieu de repos pour la nuit. Au delà, la nuit et les possibilités de replis tombent vite. Nous nous arrêtons donc 2 minutes sur le bord de la piste pour chercher sur IOverlander si un bon spot de bivouac est référencé dans le coin. Nous en trouvons un à une vingtaine de kilomètres dans la bonne direction, nous nous remettons en piste. Sur le trajet, nous trouvons une étendue d’herbe à droite surplombant la piste et la rivière à gauche. Nous décidons finalement de nous poser là, la fatigue se faisant déjà bien sentir. Il est l’heure d’installer le campement.

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Oh des ânes

La tente et les chaises installées, nous pouvons enfin nous poser un peu. Au bout de quelques minutes nous voyons débarquer quelques ânes, puis des chiens de bergers. Il ne faudra pas longtemps pour voir arriver les premiers moutons puis les bergers eux mêmes. Ils nous saluent de loin avec un air mi-étonné mi-gêné. On comprends rapidement qu’eux aussi vont bivouaquer là .. avec leurs 500 moutons (chiffre digne d’un marseillais). Ils essaient de nous faire comprendre que non, ce n’est pas raisonnable de rester là. Non pas qu’on les dérange, mais les quadrupèdes vont fatalement arriver autour de notre tente et que ça va faire un raffut du diable. On explique en retour que c’est gentil de nous prévenir, mais avec les sommets environnants le soleil se couche déjà et qu’on a pas le temps de tout remballer et d’aller chercher un autre endroit pour pioncer. Pour ce qui est du bruit, on a nos bouchons d’oreilles qu’on utilise à moto donc on devrait pouvoir dormir, Inch’ Allah. Étonnés par notre réponse, les bergers se regardent, puis finissent par nous souhaiter une bonne soirée avant d’aller s’installer à leur tour à 20 mètres de là.

Nous sortons la popote, il est temps de dîner car il nous tarde d’aller dormir. Durant le repas, un des berger viendra nous voir avec une gamelle remplie de morceaux de moutons cuits. Il nous fait comprendre que c’est pour nous, peut être pour s’excuser d’avance de la nuit que nous allons passer… Touchés par cette attention, nous le remercions et donnons en retour un paquet de gâteaux de nos réserves. Et oui le mouton était très bon. On était plus sur du mouton grand-père que de l’agneau, mais il était fort goutu …

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« Elle est où la poulette ? »©
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« Le caca du pigeon c’est caca ! »©

La nuit est tombée et de plus en plus de moutons encerclent la tente. En fait, il y’a bien un truc que nous n’avions pas compris : les bergers ne sont pas tous arrivés encore et avec eux des centaines de moutons supplémentaires vont débarquer. De 500, nous passons à 2000 moutons (chiffre marseillais encore). Ils envahissent bientôt intégralement cette parcelle d’herbe bien grasse. La nuit va être fun ..

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L’invasion commence …

On se réfugie dans la tente, sous le duvet et avec nos bouchons et se disant que tout va bien se passer. Entre les bêlements (merci Wikipédia), les bruits d’herbe mâchée, les pattes qui se prennent dans les tendeurs de la tente et leur transit … en bonne santé, l’immersion était totale. Je décide rapidement de sortir et d’enlever tous les tendeurs et autres cordes non indispensables au maintien de la tente de peur d’avoir des dégâts. Au bout de quelques heures le calme revient peu à peu, la troupe s’endort et par la même occasion, nous aussi.

5h30 nous sommes réveillés par les premières lueurs du soleil jour et du bruit de la pluie sur la tente. Finalement la nuit n’a pas été aussi compliquée que cela. Le calme fait toujours partie du cadre. Intrigué, je jette un rapide coup d’œil dehors, nos amis bipèdes et quadrupèdes sont déjà partis. Nous n’avons rien entendu. Seuls restent deux bergers avec quelques ânes et chevaux.

Premier pas dehors et première surprise : la tente est toujours debout et presque intacte (seul un tendeur a été rompu. Je le répare rapidement avec un nœud de ma conception; ne me demandez pas de le refaire …). Seconde surprise : si les moutons sont partis, ils nous ont laissé plein de cadeaux au sol … c’est qu’effectivement leur transit est sans faille. Je vous passe les détails sur les grandes enjambées, l’état des chaussures et le repliage de la tente sur elle même, seul espace préservé des environs.

On profite du petit-dèj’ pour se mettre d’accord sur notre plan pour la journée : la piste n’est déjà pas bien belle, alors sous la pluie ça va être encore plus compliqué. Si nous voulons rebrousser chemin pour finalement prendre la route du sud, mieux vaut le faire maintenant. On regarde les prévisions météos (via le Garmin InReach, car point de réception cellulaire ici) et on réfléchi : banco, on continue la piste nord.

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Et merci qui pour le pain ? Merci les policiers !

Nous reprenons donc la piste, la pluie a l’avantage d’éviter la poussière levée par nos roues, c’est déjà ça. Pas de difficulté majeure pendant les premiers 50 kms. Nous arrivons rapidement à un passage à gué important. Le débit et la profondeur du torrent imposent un arrêt pour étudier les options. Un pont de fortune a été installé pour les piétons mais hors de question d’y passer à moto : il pourrait céder et la noyade serait certaine pour les motos. Nous réfléchissons encore.

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J’peux pas, j’ai piscine !

Quelques 4×4 ferons la traversée sans peine, la stabilité des quatre roues et le poids aidants. Tout ce que nous n’avons pas, en somme 🙂

On se mouille les pieds et on sonde le fond. Le courant est si fort que nous arrivons à peine à rester debout. Après plusieurs sondages et étude de trajectoires, je décide de me lancer avec Newt, enfin à coté de Newt pour limiter le poids sur la moto. Cécile est en aval du courant, pour m’aider à garder Newt droite. Si la descente vers le fond du torrent se passe bien, la remontée, pierreuse, sera impossible. La roue arrière, complètement immergée, creuse son trou dans le lit du torrent. Newt est bloquée au 3/4 du passage, et nous la tenons fermement pour qu’elle ne se fasse pas couchée par le courant. Autre problème, dans le feu de l’action je n’ai pas vu que l’arrière de la moto s’est enfoncé au point de laisser l’entrée du filtre à air vulnérable aux vagues provoquées par le courant heurtant la moto : le moteur, encore en fonction, commence a étouffer et câle rapidement. Comprenant ce qu’il se passe, je coupe le contact et décide de ne plus redémarrer avant une bonne inspection des dégâts. Toujours est-il que nous sommes là, tous les 3, au beau milieu du courant avec une moto de 250 kgs et sans possibilité de s’aider des 40 cv de Newt.

J’ai connu des situations bien meilleures.

Un local sur la rive d’en face me fait comprendre qu’il a un 4×4 de garé plus haut mais qu’il n’a pas de corde assez longue pour nous tracter. Soudain j’ai un flash : la corde de 20 mètres achetée 5€ chez Lidl avant de partir est rangée dans ma sacoche avant droite. Elle est immergée, mais tout en tenant Newt d’une main, j’ouvre la sacoche de l’autre. A bout de doigts je sors la corde encore enroulée sur elle même. Je la jette sur la rive d’en face. Le 4×4 est déjà là, la corde y est attachée puis m’est renvoyée. Je l’attache au crashbar avant et le 4×4 amorce une marche arrière lente. Newt commence la remontée, mais le 4×4 n’étant pas exactement dans l’axe, il tire légèrement de travers, vers l’aval. Avec Cécile nous poussons la moto vers le sens amont de toutes nos forces pour qu’elle ne se couche pas. Les efforts payent, la moto est sorti de l’eau et s’égoutte abondamment sur la rive. Un rapide coup d’œil sur le hublot d’huile moteur confirme instantanément ma crainte : l’huile est contaminée par l’eau, le moteur est bien noyé. Interdiction de redémarrer Newt sans vidange, nettoyage de la boite à air et du filtre à air.

Mais chaque chose en son temps, d’abords faisons traverser Ulysse en essayant de ne pas reproduire la même erreur. Notre amis avec son 4×4 nous fait signe d’attacher la corde à Ulysse : il va nous tirer sur toute la traversée et ainsi éviter d’avoir à démarrer le moteur.

Ce deuxième passage, assisté, se déroule bien mieux que le premier : point de patinage sur le fond pierreux ici. Le niveau de l’eau reste inférieur à l’entrée d’air. Ulysse atteint l’autre rive sans dégât.

Nous remercions notre ami en 4×4 et commençons à réfléchir au plan d’action pour remettre Newt en état. Nous demandons autour de nous où est-ce que nous pouvons trouver de l’huile moteur. J’ai bien 2 litres de réserve sur moi, mais là c’est une vidange complète qu’il faut faire, soit 2,6l, et si j’ai moyen de me procurer de l’huile facilement, j’aime autant garder mes 2l de réserve. On nous indique un « magasin » qui vend de l’huile à 8 km de là, dans notre direction.

La corde étant toujours sorti, on décide d’essayer de tracter Newt avec Ulysse sur les 8 kms. On dit au revoir aux deux enfants qui sont venus nous voir en leur donnant deux cartes postales de Paris, ils repartent contents comme tout.

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« Hello, what is your name ? »

Cécile enjambe Ulysse et démarre en douceur. J’essaie de faciliter la manœuvre le plus possible en limitant les accoups dans la corde pour ne pas déséquilibrer Ulysse. On roule comme ça sur 2 kms. On ne dépasse pas 10 km/h mais au moins on avance, c’est déjà ça. On arrive ainsi près d’une maison avec deux 4×4 de garés. On décide de s’arrêter et de demander si eux n’auraient pas de l’huile. Si on peut s’épargner les 6 kms restants, autant en profiter.

Mais non, ils n’ont pas d’huile. En revanche ils nous indiquent un autre magasin, à seulement 2 kms de là. Seulement voilà, c’est 2 kms dans le sens inverse, passage du gué compris. Et impossible de comprendre exactement où est situé ce magasin. Au bout de quelques secondes d’incompréhension, l’un d’eux décide de m’emmener avec sa boite à 4 roues motrices. Que d’la gueule le passage à gué avec ça ! Il ne fait plus le malin là … ‘culé ! 🙂

Nous voici donc devant une bicoque qui fait vraisemblablement office de garage du coin. Le type, bourru, se fait expliquer par mon chauffeur que je cherche 3l d’huile moteur. Il sort de plusieurs cartons différentes marques d’huile. Si je m’attendais à avoir le choix ici … Je repars avec 3l de 10w40 semi synthèse API SN/CF, pas mal !

Retour aux motos, Cécile en a profité pour faire sécher (un peu) ses bottes, moi je n’ai pas ce luxe et de toute façon mes pieds mouillés, c’est le dernier de mes soucis 🙂

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Place à la mécanique : démontage du filtre à air (imbibé d’eau), nettoyage de la boite à air (pleine de sable) à l’eau minérale et au chiffon. Le filtre est séché puis remonté. Vient ensuite la vidange : au moins 1 litre d’eau est sorti avant que l’huile ne fasse son apparition. Je comprends que l’eau n’est pas passée par les chambres de combustion mais par l’évent moteur situé derrière le filtre à air : vu que le moteur s’est d’abord étouffé avant d’être noyé, j’ai peut-être une chance de ne pas avoir de dégâts.

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Vu que j’ai un filtre à huile neuf dans mon stock, j’en profite pour le changer. Je galère un peu à retirer l’ancien (mais bordel, pourquoi ils serrent ça comme des bourrins les mécanos ! Ça ce sert à la main !), obligé de le détruire en plantant un tournevis dedans afin d’avoir assez de levier pour le desserrer. Le nouveau sera installé rapidement et serré délicatement à bout de doigts.

Il ne reste plus qu’à verser l’huile neuve et à prier que la moto démarre : contact, à priori pas de souci électrique, tous les instruments et switchs fonctionnent. Une pression sur le démarreur : le moteur tourne mais cale aussitôt. Pas étonnant, le pot d’échappement est plein d’eau et doit créer une forte résistance sur les gaz d’échappement. Deuxième tentative, cette fois je donne un peu de gaz à la poignée. Le moteur tourne. Pas de bruit bizarre mais je sens que si je relâche la poignée, il va recâler aussitôt. Je le garde sous respiration artificielle quelques minutes pour le faire sécher et le faire chauffer. Au moindre coup de gaz une gerbe d’eau sort du pot d’échappement. Pendant quelques minutes c’est les grandes eaux de Versailles ici.

Enfin le ralentit devient stable, je lâche la poignée. Je souris enfin, Newt est vivante !

Je la laisse tourner pendant que je remballe mes outils et nettoie tant bien que mal l’huile qui s’est écoulée par terre. Je sers la main à un local qui assistait aux réparations depuis le début. Cécile remet ses bottes et nous revoilà sur la piste.

Il est 14h et notre capital énergie est déjà bien entamé mais on se dit qu’on peut encore terminer l’étape aujourd’hui. Deuxième erreur.

La piste est plutôt roulante jusqu’au pied du col Khaburabot, point culminant de notre étape (3 250 mètres). Les pierres font peu à peu place à la boue, puis la boue fait place à la glaise, collante, très collante. La roue arrière patine, nous sommes obligés de pousser avec les pieds pour aider les motos. Les moteurs chauffent et les embrayages prennent cher. Après plusieurs gamelles et un repérage à pied, nous sommes à bout de forces et comprenons qu’il n’est pas raisonnable de continuer. Nous faisons demi-tour (tant bien que mal) et retournons au dernier village traversé, Kalaykhusayn, pour trouver refuge pour la nuit.

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Etonaditbanco, ouais ouais, enfin pas trop non plus.

Nous demandons aux villageois croisés au bord de la route, ils nous pointent un bâtiment près de la mosquée. Un homme nous accompagne. Nous apprenons également que la piste du col est fermée en partie à cause de la boue… la bonne nouvelle c’est qu’un détour de 20 kms est possible et nous fait reprendre la piste plus haut. Hourra, pas besoin de faire demi-tour demain !

Les motos dormirons sur le parvis de la mosquée et nous juste en face. On a même le luxe d’avoir une douche chaude dans les parties communes du lieu de culte ! Notre hôte passera plusieurs fois dans la soirée pour s’assurer que nous ne manquons de rien. Hormis de sommeil, nous ne manquons de rien. On prépare un dîner rapide avec notre réchaud et direction dodo. Cette nuit on laissera nos bottes dehors avec l’espoir qu’elles sèchent un peu.

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Le lendemain matin, notre hôte nous attend dehors. Encore une fois il veut s’assurer que nous ne manquons de rien. Nous lui demandons où nous pouvons acheter du pain (notre réserve policière étant tombée à 0) et de l’eau minérale. Il nous emmène de « magasin » en « magasin » à la recherche de bouteilles d’eau. Avec le recul c’était une demande stupide, ici dans la montagne personne ne boit d’eau en bouteille ..

Quant au pain, une dame nous en apportera 4 grosses miches puis repartira aussitôt et sans un mot. Ou comment être accueillant et froid en même temps.. 🙂 Le pain emballé et enfourné dans le top case, nous sommes prêt au départ. Notre hébergement, le pain et la douche chaude nous coûtera au total 30 somoni (soit ~3€) et une carte postale de Notre-Dame. Ça va, on s’en sort plutôt bien.

Nous reprenons donc la piste mais cette fois on prend à droite après le pont. Cet itinéraire dessert quelques villages perdus dans les montagnes mais permet aussi de rejoindre la M41, bien plus haut, et donc de servir de déviation. La piste est effectivement bien plus simple, seul un court passage boueux nous contraindra à démonter les gardes boue avant afin de libérer la rotation des roues avant, bloquée par l’accumulation de glaise entre le garde-boue et le pneu.

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L’ascension du col se fait sans problème et on s’autorise même une pause déjeuner près du sommet enneigé. Sardines pain, chocolat, vue d’enfer et bout du tunnel : un menu au top !

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La redescente sera beaucoup plus rapide car plus abrupte. En 10Km on passe de 3250 à 1200 mètres. Les points de vues se multiplient et les arrêts photos en font autant.

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Finalement nous rejoignons peu à peu la civilisation. Quelques bicoques par ci, par là, un poste de contrôle de police (on aura pas de pain cette fois ci) puis une route goudronnée. Nous arrivons rapidement dans le centre de Kalaikhumb. Nos amis motards nous ont conseillés l’auberge Roma en plein centre, le long de la rivière Obikhumbou. Nous croisons par hasard Roma, le propriétaire des lieux, sur le rond point principal de la ville. Il sait que nous venons, il a été prévenu par nos 3 motards Russes rencontrés à Douchanbé. Il nous emmène en courant jusqu’à chez lui, nous garons les motos à l’abri sous le porche, coupons le contact : ça y’est nous sommes arrivés !

Les motos sont couvertes de boue et de poussière, l’absence de garde boue à l’avant n’ayant pas arrangé les choses. Mais le lavage sera pour demain, d’abord place à la douche et au repos des guerriers.

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– Tu roules dans la boue toi non ? – Boarf, un juste un peu.

Le soir nous partons à pieds à la découverte de la ville. Il fait bon et l’atmosphère y est agréable, parfait pour décompresser après le épreuves de ces derniers jours. Nous aurons même une bière fraîche pour l’apéro de retour à l’auberge.

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Kalaïkhumb

Le lendemain nous profitons de notre journée pour aller nettoyer les motos et effectuer une ultime vidange de Newt (pour s’assurer qu’il n’y ait plus d’eau dans l’huile). Roma nous propose de nous montrer le chemin jusqu’au garage/station de lavage avec sa voiture. Nous passerons une bonne heure à frotter et lessiver Ulysse et Newt, elles le méritent bien. Roma m’emmènera même dans une station service non loin, pour que j’achète de l’huile (de moins bonne qualité bizarrement). Au finale je fais ma vidange avec mes 2 litres de réserve plus un complément de celle achetée. Je garde le reste en secours. On profite également de l’instant bricolage pour remonter nos gardes boue. Les motos sont (presque) comme neuves et parées à affronter de nouvelles pistes.

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Ça tombe bien parce que de la piste on va en manger, le plan est de rejoindre Korog demain : 230 kms de route/piste. Un guide en escale avec son groupe à l’auberge me fait comprendre que les 30 premiers kms sont en mauvais état, mais les 200 restants en bitume de bonne qualité. Pas pire.. enfin ça, c’est ce que je croyais avoir compris..

Le deuxième soir nous faisons la connaissance de Denis, motard Russe roulant en 1200GS faisant également en escale à l’auberge. Il est en voyage en Asie centrale et a décidé en cours de route de faire la Pamir Highway. Une des routes les plus haute du monde, avec des cols à 4 600 mètres, planifiée comme ça, en cours de route. C’est normal, c’est Russe.

Vu que nos itinéraires sont proches, nous décidons de nous retrouver demain soir à Korog. Il partira 1 heure avant nous, car vous le savez bien maintenant, nous c’est pas avant 10h !

 

 

Une réponse sur “Tadjikistan : enfin du relief !”

  1. Ah, bah… c’est pas le « rallye Palmolive » !…
    Quand on dit « banco »… on ne sait pas toujours ce qu’il y a derrière… 😉
    Et le sens du pneu !… je ne pensais pas qu’il ferait parler de lui.
    Toujours autant de plaisir à vous lire.
    Prenez soin de vous… la route est longue encore.
    Gégé

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