Ouzbékistan, sur la route de la Soie, part I

Notre stop à Noukous est très pragmatique. Là-bas on y trouve de l’essence, de l’argent liquide (en théorie !), un hôtel classe qui fait du bien tout en restant dans le budget, et un musée complètement improbable au milieu du Karakalpakistan. Noukous est la capitale de cette région autonome de l’Ouzbékistan, ce qui explique les deux drapeaux quand on se promène dans cette ville sans trop de charme.

Le charme, il va falloir gratter un peu pour le trouver, sous plusieurs formes. D’abord, la recherche d’un distributeur de billets. On y passer bien plus de temps que prévu, et on fera un retour dans le temps pour finalement arriver à notre fin à la National Bank. En fait, le distributeur c’est deux nanas en uniforme bleu, derrière un guichet (des années 60) avec un autocollant visa (des années 80) collé sur la vitre. On met beaucoup de temps à se comprendre, on finit par faire un débit de 200 $ par carte, puis on passe à un autre guichet, où une autre dame nous donne deux billets de 100 $. Enfin on retourne au guichet initial, on attends une bonne demi-heure que mon identité soit enregistrée en long en large et en travers et je signe 4 formulaires. L’employée qui s’occupe de nous depuis le début prend bien soin de vérifier l’authenticité des dollars (!) et finis par me donner mes sous, en monnaie ouzbèque ! Ouaiiiiiis !!

Sauf que, le musée Savitsky qu’on (que je) voulait visiter est désormais fermé, notre escapade financière nous ayant pris bien plus de temps (et d’énergie) que prévu. Mais au moins, on a de nouveau des sous ! Note pour plus tard, partir les poches pleines de dollars (plus que ce qu’on avait prévu en tout cas), c’est aussi une bonne idée. J’ai un peu le cash en horreur à la maison, je trouve qu’il se volatilise trop vite, donc je préfère le plastique. Ici, c’est tout l’inverse, et on a beaucoup changé de monnaie en peu de temps, j’ai l’impression que mon sac déborde de billets !

Bref, on en profite pour continuer la balade, mais surtout se sustenter. On atterrit dans un restaurant qui ne paye pas de mine. Comme il fait très vite, très chaud, tous les endroits de refuge sont sombres et fermés, ça donne une atmosphère un peu spéciale parfois. Et il faut dire que la déco n’est pas toujours de très bon goût non plus !

On se fait donc notre dîner, bien calé sur l’heure d’une maison de retraite. Parce qu’on se fait un peu chier et qu’on a pas déjeuné aussi, accessoirement. On mange léger, on commande 2-3 trucs. Et je pars me laver les mains. Oui je sais, le niveau de détail de ces posts commence à devenir un peu too much, je raconte trop ma vie en détail. Nan, en fait en vrai, si je vous raconte ça, c’est qu’en allant me laver les mains, je rencontre un grand bonhomme sur ma route, et ce dernier va transformer le cours de notre soirée.

Il vient vers nous à table (oui, j’ai fini de me laver les main, merci de vous en inquiéter, le savon sentait bon la pomme verte bien chimique, comme ça, vous savez tout), et il commence à papoter avec un bon niveau d’anglais.

On se présente, il s’appelle Sanja, il nous dit qu’il travaille pour l’équivalent de la Croix-Rouge ici, qu’il avait une réunion aujourd’hui, et que ce soir il reprend un vol pour Tashkent où il habite avec sa famille. Et à un moment, il appelle la serveuse, et il commence un peu à l’engueuler en ouzbek, je traduis selon ce que j’ai compris : « mais c’est quoi cette blague ? Ramène une autre bière, on dirait des clodos avec un seul verre, et du thé, et du pain, et des brochettes, et de la vodka, et de la salade etc. On ne t’as jamais appris l’hospitalité à la maison toi ?! L’invité est plus grand que le père en Ouzbékistan ! »

A l’amitié internationale !
Hips.

Sauf qu’on est au restaurant, la pauvre, elle ne savait plus ou se mettre, et pour tout dire, nous non plus.

En fait, ce brave monsieur très intéressant, dînait à côté avec un ami et le patron du restaurant, et en commandant, il nous disait, en gros, que c’était offert et que tout allait sur la note du patron. Donc sur pas de note.

Sympa le mec ! Un peu du style, viens chez moi j’habite chez une copine…. Epique soirée, puisque qu’on a finit avec le patron, leur pote et notre nouvel ami à tenter de communiquer pendant quasiment 2 heures, à porter nos premiers nombreux toast à la Vodka « qui ne fait pas mal à la tête parce que celle là c’est la meilleure de la meilleure de la meilleure ! ». Pendant ce temps-là, l’heure tournait et l’horaire du vol se rapprochait pour Sanja, qui commençait à être bien joyeux et enthousiaste.

En résumé, un accueil assez exceptionnel (un toast de plus et on dormais chez le patron !), dans un contexte totalement inattendu, à découvrir des humains et des plats du coin. Y’a pire comme soirée.

Un petit coucher de soleil et une nuit plus tard, et nous revoilà le lendemain.

Je suis un peu frustrée de ne pas avoir pu voir le musée, et la route vers Khiva n’est pas très longue. Je propose donc à Fabien de faire une visite culturelle ce matin, et il décide de se joindre à moi. Ça sera donc 3 heures de découverte de peintures et objets d’arts rescapés des sombres années d’obscurantisme et de contrôle gouvernemental de l’URSS. 3 heures à se promener d’une œuvre à l’autre, d’un style à l’autre, avec la découverte de quelques pépites et quelques croûtes. Vraiment intriguant, et absorbant comme visite ! Et encore, seuls 2% des œuvres sont exposées !

L’histoire du musée et de Savitsky sont fascinantes, je vous laisse la découvrir ici (en anglais) et ici (en français).

Je suis fascinée…

Après notre escapade culturelle hors du temps, et une bonne nuit de repos grand luxe, on prend la route. Aujourd’hui, direction notre première étape marquante sur la route de la Soie, avec la visite de Khiva, ancienne oasis au milieu du désert. On a 200 kms de prévus, petite étape, et aujourd’hui, Ulysse fête ses 30 000 kilomètres !

Remarquez la magnifique tâche de propre pour lire le compteur…

Lors d’un plein, petite frayeur à la vue d’huile par terre (beaucoup !). J’ai eu l’impression pendant un instant de rouler avec la XT 500 de Steph’ et son carter percé au Maroc. Après une rapide enquête, j’ai en fait percé un bidon d’huile utilisée pour le graisseur de chaîne, à l’usure, avec un tendeur qui avait bougé. Oups ! Mais tout va bien. On a aussi lavé les poulettes et le pilotes, car on faisait un peu clodos avec tout ce sable et cette poussière accumulée sur la piste. Et comme d’habitude, on est d’abord scannés sous un œil scrutateur, pour ensuite finir en selfie au milieux de sourires et en rigolant.

Qui c’est qui qui regrette son passage dans la boue d’Aral ?

On arrive en fin de journée à Khiva, dans une guest house plus house que guest, mais idéalement placée à quelques pas du centre et avec un mignon parking fermé pour nos motos.

Non mais, tu es norvégien en fait ? Ah bon, français ? Mais français de Norvège alors ?

On y retrouve d’ailleurs nos amis autrichiens à vélo rencontrés à la douane. Vous devez vous dire, ah oui quand-même, ils avancent pas s’ils se font rattraper par des vélos ! En fait, ils ont un peu triché, vent de face et longues étendues désertiques obligent, ils ont craqué et ont fait un bout de route en train… Ensuite, sur les bons conseils de notre Lonely Planet Asie Centrale (ou : comment repérer de loin les touristes français), on se rend sur les remparts nord ouest de la ville pour apprécier le coucher de soleil. En fait, on y voit pas grand chose, et en plus le ciel est voilé. Un peu déçus… Heureusement qu’on a demain soir pour retenter notre chance d’un autre point de vue. Sur notre retour, on croise, Lonely Planet à la main (qu’est ce que je vous disais !) le couple de français en camping-car que nous avions croisé à Moynaq, au sud du désert de la mer d’Aral. Après un petit dîner, on part se coucher avant d’explorer la ville le lendemain, de long en large.

En effet, le lendemain matin, après un copieux petit-déjeuner avec notamment des saucisses chimiques toutes roses (pour les protéines ! Nan, je déconne, on les a pas mangées..) on attaque la visite. On contourne le mur d’enceinte de plus de 2 500 ans, le voyage dans le temps commence déjà ! Je sautille partout, j’ai hâte, je suis pire qu’une gamine chez Disneyland et j’ai envie de courir partout (et de manger des glaces.)

Plan de la vieille ville, en céramique et en bleu, sinon on ne serait pas au bon endroit.

Arrivés à la caisse, on essaye de comprendre la tarification, on ne bite pas grand chose, donc on prend le billet « standard ». On essaye de trouver un guide mais il n’y en a pas de dispos, parce que c’est le week-end, et la haute saison, mais on avait pas capté. Petit instant plaisir d’un long voyage : oublier quel jour on est 🙂 Finalement, une guide nous attrape et nous propose de la retrouver à 14h. Donc on se fait promenade et visite libre le matin, et visite plus poussée l’après-midi avec explications.

Au final, c’est triste mais j’ai l’impression qu’on ne retiendra pas grand chose. Notre guide étant un peu en pilote automatique et manquant un peu (à mon goût) de passion et de volonté de partager. En fait, elle me fait penser au petit bonhomme dans les 12 travaux d’ Astérix :

Légende de droite à gauche : notre guide, Fabien, Boo qui attend sa glace

Ça change de mes guides de Val d’Oise Tourisme 😉 Au delà de cet aspect, la vielle ville est simplement magnifique. On en prend plein les yeux, sous un soleil de plomb, ça pétille de bleu, de vert, de blanc, c’est un ensemble de couleurs de vie et d’espoir qui font du bien. La terre aussi est bien présente, et le torchis fait ressortir les sublimes céramiques. Les quatre principaux types de monuments que nous visitons sont des madrasas, les écoles islamiques où étaient enseigné tout types de matières, les mathématiques, l’astrologie, la littérature, la religion, etc. Et où les étudiants vivaient à demeure. Ensuite, s’y trouve de nombreux mausolées, lieux de pèlerinage encore aujourd’hui, et enfin les mosquées, lieux de prière. Et bien sûr, les photogéniques minarets.

Une main, une glace, le bon ratio

Et pour le coucher de soleil, on se retrouve sur la terrasse conseillée par notre guide vers 18h, et on y retrouve… nos français et plus tard nos autrichiens. Le monde est petit ! C’est un défilé de touristes auquel on assiste jusqu’à 19h55, toutes nationalités confondues. Le ciel est toujours voilé, un peu comme hier soir et les photos « de ouf instagramables » tant attendues ne seront pas pour ce soir. Et ce n’est pas un mal, ça permet de tout simplement… profiter du paysage, et de s’imaginer comment c’était quand il n’y avait que des chevaux et des chameaux pour tout moyen de transport… Et pas de portables ou d’appareils photos !

Mais bon, quand même…
… nous aussi on est des touristes finalement…

On profitera aussi de ces instants pour papoter un peu plus avec nos amis francophones et anglophones. Et de fil en aiguille, on finit par se faire virer de la terrasse (ça ferme), et de se faire inviter pour un pastis dans le camping-car 5* de nos amis montpelliérains. Apéro qui se transformera en dîner, tellement on se raconte nos vies respectives, et après avoir refait le monde, c’est 23h30 on se dit qu’il serait peut-être l’heure d’aller ce coucher !

Sortie de camping-car, by night

Demain grosse étape pour aller jusqu’à Boukhara, on a 450 kms et on ne connaît pas trop l’état de la route.

Une réponse sur “Ouzbékistan, sur la route de la Soie, part I”

  1. Merci beaucoup à vous deux de prendre le temps de partager ce voyage extraordinaire.
    On se régale à chaque phrase & on fantasme à presque toutes les photos. Réellement magnifique & enthousiasmant.
    Manifestement, vos visages épanouis ne retranscrivent absolument pas toutes les inquiétudes que nous pourrions avoir à la perspective d’un tel voyage, nous, les sédentaires qui avons peur de tout par ignorance.
    Daniel

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