Premiers tours de roue en « Slavie »

Après nos litres de flotte (et de bière) à Cracovie, on enfourche nos bécanes chargées dans un froid bien glaçant, mais au sec, pour notre étape de la journée : l’Ukraine.

Lors de la préparation de notre voyage, s’est posée maintes fois la question de la route pour atteindre la Russie. Est-ce qu’on passe par le nord ? Les pays baltes sont bien sympathiques, et on redescendrais au sud via Saint-Petersbourg et Moscou… option un peu trop longue, et potentiellement encore trop froide fin mars/début avril. Ou alors, est-ce qu’on passe par le sud ? Via la Turquie, l’Arménie, l’Azerbaïdjan, encore pleins de noms qui intriguent, pour arriver sur le Kazaksthan directement ? Et pourquoi pas l’Iran d’ailleurs , c’est juste à côté ? Beaucoup d’options s’offrent au voyageur, avec chacunes ses contraintes. Nous, on a fait nos centristes. On ne passera ni par le nord, ni par le sud, on ira tout droit vers l’Est (quasiment). La question de l’Ukraine s’est posée, est-ce que c’est dangereux ? L’état des routes ? Les conflits armés avec la Russie ? L’image ou l’absence d’image qu’on a du pays depuis la France ?

C’est en partageant l’expérience de Florian et Isabelle (rencontrés au MMM 2018 !), qui avaient fait un voyage à moto sur la route de la soie l’année d’avant, qu’on s’est dit pourquoi pas ! A trop faire de recherches sur les destinations que l’on va traverser, on en finirait presque à rester sur son canapé à regarder TF1, pour se rassurer …

Malgrè tout, les appréhensions sont là quand même, sous jacentes. Notamment sur le passage de douane, comme précisé précédemment.

La route se fait bien en Pologne, contrairement à l’arrivée sur Cracovie, ici on a une belle autoroute roulante, bien chi****, mais bien roulante ! Et plus on s’approche de la frontière, moins on croise de monde. Je sens la pression qui monte en moi, on avance on avance … et là on arrive devant trois looooongues files de voitures, avec des feux de signalisations au bout (rouges). Comme discuté précédemment avec Fabien, et avec d’autres voyageurs motards, on ouvre nos casques et on avance tout lentement avec un grand sourire innoncent jusqu’aux feux. Personne de nous dit rien, certains nous sourient, sont intrigués. Jusqu’ici tout va bien.

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On attends une quinzaine de minute et ensuite on passe à l’étape suivante. Contrôle des papiers par les douaniers polonais, un peu frais mais sympa, regards incrédules à l’annonce de notre destination, sourires et souhaits de bon voyage. All good ? Yes, now Ukraine !

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On passe du côté ukrainien, contrôle des passeports, sourire charmant de la douanière (ironie inside), coup de tampon, au suivant !

Contrôle des papiers des motos, deux trois questions sur le but de notre visite, notre destination, et roulez jeunesse ! Avec les moments de latences, ça nous aura pris moins de deux heures. Pas de surprise, bienvenue en Ukraine !

On a tout de même une heure de décalage et ne connaissant pas l’état des routes on ne traine pas trop pour arriver sur Lviv, première étape prévue. On y arrive à 16h, après un trajet assez similaire à la République Tchèque, avec des passages de villages, et une nationale à travers champs/forêt de bouleaux. Les limitations de vitesse sont respectées moyen moyen, et quand je demande à Fabien dans l’intercom « Et ici, c’est limité à combien ? », j’ai une réponse invariable : « Tu te cales sur les locaux ». Hmm oui, bon, mais en vrai, c’est limité à combien ? Respect des règles et crainte de l’autorité, ma spécialité absolue, parfois proche de la névrose. Un point à travailler pendant ce voyage !

La route est plutôt correcte (contrairement à ce qu’on avait pu lire/entendre), et le trajet se fait carrément bien. Bon, il est vrai que sur certains tronçons, on a le droit à de belles routes patchwork, rapiéciées de partout (ou pas encore), ce qui met un peu de challenge dans le choix des trajectoires. Mais franchement, on s’attendait à tellement pire ! Et en plus, il fait (à peu près) beau.

On arrive à Lviv vers 16h, ce qui est parfait pour l’apéro, la promenade découverte pré-apéro. On s’installe, les motos ont leur parking sécurisé comme prévu c’est parfait, on part explorer. D’abord, une grimpette sur le site de l’ancien chateau pour avoir une vue d’ensemble. Ca réchauffe ! Ensuite on redescend sur la vielle ville, qui est particulièrement magnifique. Un air de Prague et de Cracovie, sur une surface plus petite, avec plein de vie, et surement un peu plus authentique. Un vrai coup de coeur, les couleurs, l’architecture, les sonorités (ça ne parle quasiment que ukrainien et russe) et un petit regret de ne pas pouvoir y rester une nuit en plus pour continuer l’exploration.

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On se cherche un endroit pour boire une bière dans la vielle ville, et là, on se rend compte qu’on est les rois du pétrole. Le coût de la vie est exceptionnellement bas, surtout pour une ville touristique. On a bien bu et bien mangé pour très peu, dans un cadre super agréable. J’hésite à aller m’installer là-bas maintenant ! Fabien n’est pas trop motivé, il lui faudrait pour cela apprendre le russe (mais vraiment cette fois-ci :p).

Le lendemain, on ne part par trop tard, car on fait notre plus grosse journée depuis le début du voyage, direction Kiev, la capitale. Etape prévue de 540 kms, 7h de route annoncées par Osmand. Une thermos de thé en préparation, on charge les bécanes et on passe la première.

La sortie de Lviv est épique, avec des routes complètement déformées, on a l’impression d’être sur un roller-coaster ! Et une fois sur la route principale vers Kiev, c’est niquel chrome. On est de nouveau accompagnés du soleil, même si le fond de l’air est frais, on est tout à fait reconnaissants. Tout se passe au top, c’est fluide, les gens roulent bien, à part quelques dépassements Yolo-mais-si-ça-passe, pas beaucoup de différences avec notre conduite habituelle. Les motos se comportent bien, le chargement tient bien, ça roule, ça roule ….

Intercom 1 :  » Pourquoi du ralentis Booboo ? »

Intercom 2 : « J’ai l’impression de guidonner, y’a une couille dans le pâté, c’est moi ou c’est la route ? »

Route par ailleurs, parfaitement nikel… Et oui. Première crevaison (hors crevaison lente), en presque 10 ans de conduite moto, et un bon gros paquet de kilomètres ! C’est pour aujourd’hui, et c’est pour maintenant ! Heureusement que l’endroit où nous sommes est relativement safe, et que le soleil est avec nous.

Lorsque j’arrive au niveau de Fafa, il me confirme visuellement la crevaison. On s’arrête, il fait tous les checks de contrôle, essaye de comprendre ce qu’il se passe car on ne voit absolument rien sur les K60, réputés extrêmement coriaces. Peut-être un problème de valve ? On entends l’air qui s’échappe…

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« Tention, tu vas me faire une tâche de propre ! »

A ce moment-là, une voiture s’arrête et deux jeunes hommes en sortent, ils nous demandent en anglais si tout va bien, et essayent de comprendre ce qu’il se passe. L’un d’eux, Serguey, nous explique qu’il est motard, qu’ils habitent à une vingtaine de kilomètres et qu’il a déjà eu une problème similaire il n’y a pas longtemps. Il veut nous donner un contact d’une personne qui pourrait nous aider. Au final, il passe coup de fil sur coup de fil, à l’air un peu désolé parce qu’il n’arrive pas à joindre les personnes qu’il voulait, ou alors qu’elles sont en route pour Lviv, et que les boutiques de pneus à proximité sont fermées parce qu’aujourd’hui c’est dimanche. Il aurait pu remonter dans sa voiture avec un sourire désolé, après avoir essayé de nous aider.

Mais non, pas du tout. Il insiste, pendant ce temps-là Fabien a démonté la roue, et là il vire des affaires de son coffre, il vire son pote Vlad sur le bord de la route pour me tenir compagnie, et il emmène Fabien dans la ville la plus proche (avec la roue, et une chambre de rechange) pour trouver une solution ! Et ouais, ils ne font pas les choses à moitié :).

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I’m a poor, lonesome motorcycle …

Je me retrouve avec Vlad sur le bord de la route, au soleil, mais avec un vent bien frais. On essaye de discuter tant bien que mal, son anglais étant moins bon que celui de Serguey (merci Google Trad et merci Free pour la data…). Je comprends qu’ils viennent de passer 30 heures sur la route depuis la Pologne (dont 16h statiques à la douane). Ils sont ukrainiens et gagnent 4 fois mieux leur vie en bossant à l’usine en Pologne plutôt qu’en Ukraine, mais galèrent allégrement à chaque fois pour passer la douane. Ils ont eu à peu près 3h de sommeil depuis leur dernières 30h, et ne trouvent rien de mieux que de nous venir en aide. Franchement, c’est pas beau ça ?

De son côté, Fabien, Serguey et sa femme Tamara, trouvent une solution grâce à une bonne vieille technique ukrainienne qui a déjà fait ses preuves apparemment : tu vas au centre du village/ de la ville, tu expliques ton problème, et radio-village te trouve une solution, quoi qu’il arrive. Une boutique de pneu ouvre spécifiquement pour nous, et change la chambre à air (percée à 3 endroits différents, quand même !). Fabien me raconteras que Serguey, en plus de nous dépanner et de nous offrir de son temps, règle la prestation : « You’re my friend now, and your are in my country, so you won’t pay. » Et hop encore une petite leçon d’humilité pour la journée.

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Work in progress

Ils reviennent sur le lieux du crime, récupérer le pauvre Vlad qui avait plus envie de dormir que de distraire une touriste, et redéposer Fabien et ma roue réparée. Ils s’excusent de vouloir partir pour se reposer (!) et nous laissent une bouteille d’eau, des pommes et des oranges, au cas-où !

Respect les amis, et merci encore, pour tout.

On remonte le pneu tant bien que mal, et il est 14h passé quand nous repartons (après une pomme de l’amitié). Une journée prévue intense, l’est devenue bien plus encore après cette avarie. Mais aussi chargée en rebondissements ! On a fait défiler les kilomètres avec une petite pause essence/pilotes vers 16h30, et on est arrivés avant la tombée de la nuit sur Kiev (vers 19h45). We did it ! Le parking moto n’est pas idéal, non sécurisé, mais c’est pas grave, on est content d’être arrivés. Un dîner et au lit, ça crève toutes ces émotions !

Ce matin, on se fait plaisir après une nuit grinçante (le lit le plus bancal du monde, agrémenté d’un matelas moyen-moyen, c’était juste pour nous), et on s’offre un petit déjeuner dans un café tout mignon au coin de la rue.

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Fabien souhaite passer au concessionnaire Kawasaki pour racheter une chambre à air et pour vérifier un problème de code erreur au démarrage (ou pas) de sa moto. Après une petit city tour de 20 minutes, on arrive au concess’ qui ne paye pas de mine, dans un froid mordant sans un rayon de soleil pour nous réchauffer. L’accueil est un peu froid aussi, mais on arrive à trouver ce que l’on veut et Fabien se voit confirmer son diagnostique pour la Versys. L’atmosphère se réchauffe autour d’un café et des motos, à l’évocation de notre périple. Finalement, ils nous offrent la chambre à air, en soutien à notre aventure. Trop choux 🙂 Le fait d’avoir imprimé, plastifié et affiché la carte de notre trajet aide énormément à communiquer. Encore un excellent conseil de compagnons voyageurs plus que validé !

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Kiev « K » team 🙂

On repart de là pour une après-midi de visite de Kiev, on dépose les motos à l’hostel et on repart plus légers en métro. J’avais lu que ce dernier valait le détour. Alors, disons que le premier contact avec la charmante dame qui vendait les « jetons » de métro, nous a emmené quelques années en arrière dans une froide ambiance soviétique. On s’est fait engueulés comme du poisson pourri, dans le micro, devant tout le monde. Sympa ! Ensuite, c’est la descente au centre de la terre, par un escalator impressionnant.

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Direction Rodina Mat, une statue de la Mère-Patrie de 91 mètres de haut qui surplombe les bords du Dniepr. Impressionnante, la Dame ! On visite également le musée sur l’histoire de l’Ukraine dans sa base, histoire de se cultiver un peu (au chaud :D).

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Juste à côté, nous avons découvert Laure des grottes de Kiev qui est un important ensemble monastique, avec une cathédrale. On sent l’importance de la religion dans le coeur des ukrainiens en se promenant et en visitant.

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On essaye ensuite de retourner au centre par le métro. Avec le recul, je pense que le bus aurait été plus simple, mais moins aventureux ! Direction place Maïdan, où tout se passe (un peu notre Bastille ou République), lieu chargé de l’histoire plus ou moins récente de l’Ukraine. On essaye de se promener dans la vieille ville de Kiev avant de rejoindre un restaurant qu’on nous a conseillé, mais mon dos abdique avant d’y arriver. Un apéro et un excellent dîner plus tard, on rentre se coucher parce que demain, debout 6h pour une excursion prévue à Tchernobyl.

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